Gallerie des Textes

Mal

La souffrance nous conduit bien au-delà de la mort, dans des couloirs étroits et labyrinthiques ; elle nous propulse comme le ventricule gauche fait avec le sang, violemment. A en perdre le pouls à en perdre le corps. D’ailleurs il n’entre pas le corps, la souffrance n’en veut pas. Lors de sa terrible aspiration, elle le rejette, la peau, les os et les entrailles…sur le brancard! Que reste-t-il alors de moi… Des yeux. Mais pas des yeux de corps, ceux-là ne pourraient voir ce qui se cache là, loin si loin du monde extérieur, si loin des blouses blanches et de cette pauvre forme en vrac sous un poly coton bleu pâle tout plein de liens qui n’enferment plus rien. Je suis passée ailleurs dans ces yeux qui voient tout. Passé le mur du son, le mur de Planck, les quatre dimensions, les cents, les trous de verre, le vortex

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Il y a des gens

Il y a des gens pour lesquels tout va bien et pourtant ils ont tellement cumulé de détritus qu’ils sont empêtrés, ne peuvent ni bouger de leur point de vue, ni même penser qu’il en existe un autre, plein d’autres meilleurs alors qu’ils sont juste à côté. Ils regardent tout droit devant eux, alors que l’essentiel se trouve sur les côtes. Et comme ils passent leur temps à essayer de se dépêtrer, ils envoient leurs saletés sur les autres, à proximité. Ils “éclaboussent” gentiment de façon non intentionnelle peut-être. Ils n’entendent pas crier ou est ce qu’ils s’en foutent après tout un peu de boue quand on est rose ou bleu, ce n’est pas la mère boire ! Ces gens évidemment se sentent un peu mal dans leur empêtrement mais pas plus que ça parce qu’ils ont pris l’habitude de faire “avec” et s’il n’est pas nécessaire d’avoir le nez

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Les jeunes filles qui rient

Ça roulait. La mer défilait côté gauche. À droite, je ne regarde jamais. Entre la mer et moi, une vitre fumée par la poussière, qu’un index avait d’un large trait vertical tenté d’éliminer et aussi, tous ces gens, des jeunes pour la plupart. Impossible de s’évader. Mon regard d’ordinaire concentré sur la lumière dans l’eau, sur le phare au loin, sur le Frioul ou sur un surfeur que j’imagine toujours être en difficulté, se détachait contre ma volonté de ce spectacle dont jamais je ne me lasse à bord du 83. Le bus n’était pas bondé comme aux heures de retour de plage où chacun cherche une place qu’il sait qu’il n’aura pas, pas même les plus âgés s’ils sont résignés à rester sur leurs jambes variqueuses malgré le rodéo que le chauffeur vengeur leur impose comme à ceux aussi qui sentent ce cocktail de farniente fait d’huile de coco,

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Faites de l’art !

Ah oui, il faut faire ! Faites de l’art mes amis, c’est le meilleur moyen de faire la fête.  Créer, faites apparaître, faites sortir de vos têtes les fruits délicieux produits dans vos jardins sombres et humides ou lézardés par les rayons piqueurs du soleil…des jardins ah oui, ils en existent tant, tous différents, tous prêts à développer leurs spathiphylium Sweet Lauretta, leurs Orpin de Morgane, leurs Aristolochia salvadorensis et à disperser loin loin leurs petites racines, à faire gonfler leur terre, à la faire exploser.  Comme il est bon de livrer son corps à cette sorte de spasme souvent long, très long parfois. Et l’esprit s’en va loin, plus ou moins profondément selon l’humeur, selon son aptitude, selon son entrainement. Il se laisse aller ou non dans des “zones blanches », des zones inexplorées, des zones d’où l’on revient émus, chavirés, galvanisés ou parfois exténué mais satisfait, toujours. N’ayez pas peur

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Cinéma noir et blanc

Un point de blanc, un point de noir Pour faire un plan contradictoire Un point de blanc, un point de noir Pour faire croître une belle histoire Mais aujourd’hui je suis perdue dans les couleurs Le bleu, le rouge me font peur J’aimerais tant fixer ces heures Ou noir et blanc berçaient mon cœur Je suis perdue dans cette outrance Le vert, le mauve : indifférence J’aimerais reprendre le temps Ou l’noir et l’blanc avait vingt ans Un point de blanc, un point de noir Pour faire un plan contradictoire Un point de blanc, un point de noir Pour faire croître une belle histoire Ce n’est pas une question d’âge Si Je suis restée à l’étage Où le ton est clair ou foncé Ou l’esthétique est éclairée C’est que j’aime cette palette Et son jeu secret et honnête Un point de blanc, un point de noir Pour faire un plan contradictoire

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LA BAIE DES ANGES (série 1983)

Le réveil qui tictactonne, La mouche qui bourdonne, Et dehors la mer, la mer et la Baie d’or Baie qui offre la mort Aux amours du silence et des dunes Aux amours sans méfiance et rancune Le Baie des Anges Où viennent s’émousser toutes mélancolies, Où le spleen embrumé s’écume en un cri Les mouettes noires sur le sable groupées Aiguisent leur voix enrouée Pour chanter leur souffrance et aussi leur espoir. Dans le ciel, par de nombreux nuages blanchi, Dans le champ du poète, le chant de la victoire Tonne L’orage claque le vert de la mer Des lumières en nervures s’y posent. Les vagues, furies en farandoles, décuplent 1’écume… Pour un instant, le ciel est de brune Le vent ne siffle plus Et voici le soleil qui rend tout pareil Le réveil qui tictactonne, La mouche qui bourdonne.

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A VINCENT WILLEM (série 1983)

Ce soir-là, sous la lumière d’un champ d’hélianthes Un lambeau d’ombre errant couvrait la terre ondée D’un gris mauve incisif pris dans ses chairs béantes Le ciel en fièvre happait les chaumes ensorcelés Et le vol turbulent de leurs maigres corbeaux. Les tourbillons marins tourmentaient sans cesse Les feuillus en flamme qui hérissaient la nuit. Mais la lune exaltée se blessait dans l’ivresse Aux flèches des églises imposantes d’ennui Laissant rouler dans l’air les rubis les plus beaux. Ce soir-là, sous la lumière d’un champ d’hélianthes Un lambeau d’ombre errant couvrait la terre ondée D’un gris mauve incisif pris dans ses chairs béantes Puis l’ombre disparut au pied d’un grand cyprès Un homme était couché sur la mousse hérissée Sa tête enracinée dans la terre brûlée Laissant son front nu, une boucle sauvage S’élevait furieuse le long des verts feuillages Elle grilla l’œil curieux d’un cyclone qui savait Van Gogh

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Mon bal

Petit bal au temps gai Meurs ou deviens un rêve ! Sous la lune on tanguait Dans une joie sans trêve Gros rouge et jazz unis Nous portaient loin des bennes Toi, moi, tous réunis Nous étions rois et reines Petit bal au temps gai Meurs ou deviens un rêve ! Bras dessus bras dessous Oh folles farandoles ! Rythme, rire et moues Sous un flot de paroles Piaffant tombant miaulant Nous aurions l’amitié Nous n’avions que le vent Comme propriété Petit bal au temps gai Meurs ou deviens un rêve Meurs ou deviens un rêve ! Petit bal au temps gai… 

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La fugue

Le frisson de la fugue Je l’ai eu et m’en targue Il m’a entrainé loin de mon enclos natal Il m’a entraîné vers de nébuleux dédales Où était le clairon qui devait me guider ? A tâtons j’avançais sans oser regarder La trace informelle de mon vagabondage J’avançais fièrement j’avançais avec rage Empruntant maints chemins disposés A me raccompagner dans mon trop vert foyer Je les quittais, certain d’enfin trouver celui Qui depuis tant d’années Me traversait l’esprit Engagé là, au creux d’une illutions parfaite De loin, je le voyais, j’avais le cœur en fête Je volais, éperdu comme une libellule Comme un coquelicot sans son fin pédoncule Je volais emporté par un vent fallacieux Et puis, le souffle court, je perdis tous mes feux Et m’écrasais à terre en quelques brunes taches Se laisser emporter quand on est qu’une vache Par des courants contraires au fond de douces sphères Où

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