Je me fais opérer mais les séquelles sont nombreuses et invalidantes
J’ai la sensation d’avoir pris de l’élan et de m’être complétement scratchée sur une surface noire, rugueuse et d’avoir été abasourdie pendant des années, complétement incapable de prendre mon destin en main.
Après cette période de léthargie aux allures de retraite anticipée, malgré un travail de rééducation, je m’occupe de ce feu sacré qui m’anime encore. Je le nourris, je lui apporte l’oxygène et… je bûche pour combler une mémoire trouée. Et puis, un jour, pour Noel, comme un cadeau, je donne naissance à la plus belle des créations, une création qui ne cesse de s’enrichir avec l’attention qu’on lui porte et qui, un beau jour comme par magie, a tant grandi, qu’elle est fin prête à quitter l’atelier, pour seule, trouver son avenir.
J’ai toujours malgré tout, pris le temps pour l’écriture( poèmes, une pièce de théâtre )et le dessin…pour des idées…pour l’inspiration même si je n’ai encore pu concrétiser les plus audacieuses, faute de moyens.
Je me suis inscrite aux ateliers publics pour me confronter à nouveau aux modèles vivants. L’exercice était loin d’être évident. J’y ai fais de belles rencontres, celles de Nathalie Hugues ou Julie David artistes professionnelles ainsi que celles d’amateurs très engagés.
Je suis boulimique d’expositions. La Friche de la belle de mai, La vieille charité, le musée d’art contemporain, le Mucem et le fort st Jean, le FRAC, le centre photographique Marseille etc… sont autant de lieux de réjouissance que de culture bien que l’on puisse déplorer le manque d’espace dédié aux pratiques expérimentales. Certaines galeries sont également des endroits de découvertes qui ne sont pas suffisamment fréquentés.
Je fais aujourd’hui partie de deux associations de peintres qui exposent dans des centres culturels et parfois en galerie. Leurs styles sont en général assez « classiques », art paysager figuratif et eux même se trouvent souvent interrogatifs au regard de ma peinture. Nous y rencontrons avec beaucoup de plaisir un public d’amateurs ou de curieux. Je me suis encore récemment inscrite dans un nouveau groupe pour pratiquer le modèle vivant.
Dans ma façon d’aborder un sujet de création, Je ne m’interdis aucune fantaisie. Je pense que le style est une foutaise et je suis bien aise de n’en avoir point.
Je traite des sujets qui me touchent, qui m’impactent et je ne peux les retranscrire par le biais d’une technique, de couleurs, de formes préétablis sans trahir mon inspiration du moment donc, si besoin est, je fais le vide dans ma tète (en général c’est assez facile) et j’essaye de n’avoir qu’une contrainte (elle est déjà de taille), c’est celle qui concerne mon portefeuille.
Pour ce qui est des influences dont je pourrais être victime, je crois qu’en fait je suis tellement imprégnée des odeurs de plusieurs générations de peintres que je dois beaucoup transpirer pour arriver à sentir ma propre odeur.
Mes créations, sans plaisanter, souvent, surgissent après une émotion rouge, physique, charnelle, ou une recherche fébrile que j’intellectualise ou que je compose parfois ensuite pour qu’elle soit moins douloureuse. Cela dit, il m’arrive quand même de me laisser aller à des réalisations plus légères et même ludiques.
J’aime explorer les dimensions émotionnelles, symboliques et sociales de l’existence humaine. Je veux montrer de l’authenticité et de la lucidité, les tensions intérieures et les fragilités du monde contemporain. Une part essentielle de ma démarche artistique est de questionner le regardeur, de lui donner une émotion même négative pour qu’à son tour il devienne acteur. Aussi, je m’applique parfois à compléter mon langage visuel, pictural par un langage sensible car l’usage que je fais parfois de la peinture avec des tensions, des contrastes chromatiques, des textures fouillées, de la matière vibrante des coups de pinceaux appuyés, peut déranger. Je ne peins ni pour plaire ni pour choquer. Chaque œuvre se doit de fonctionner comme un espace de révélation où la couleur et la matière deviennent des vecteurs d’émotions et d’interrogations.
Je m’inscris s’il le faut dans une tradition humaniste et mon univers va de l’expressionisme (la couleur comme outil expressif Nolde, Kirchner, la distorsion expressive, le primat de l’émotion sur la forme) à l’abstraction figurative en passant par le symbolisme. Je tente de donner au regardeur, sans filtre académique, un fragment d’émotion rendu visible sur des thèmes qui me semblent essentiels, la préservation de la biodiversité, le sauvetage de notre planète, la conscience sociale, la fraternité, la violence, les bouleversements sociétaux…
L’art ne change pas le monde mais s’il peut engendrer l’action qui lui rendra un peu de raison, d’espoir et de beauté, au lieu de générer sur son obscure marché, spéculation et profit, je souhaite de tout cœur faire partie de ce premier rouage.
Malheureusement l’art « engagé » trouve difficilement son public et sa place dans les galeries !